Arielle Teddy THOMBET MOUBIHI : « L’éducation est primordiale pour espérer atteindre une réelle égalité des sexes »

Arielle Teddy THOMBET MOUBIHI née BOUHOYI vient de totaliser vingt ans de carrière dans le metier de la communication où elle a touché presqu’à tout. Fervente défenseure de la cause féminine, elle nous a accordé une interview à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Quelles sont vos convictions relatives à l’égalité entre l’homme et la femme ?

Dans son rapport intitulé : « Promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique », publié en 2016, le PNUD révélait que les inégalités entre les sexes coûtent en moyenne 95 milliards de dollars US par an en Afrique subsaharienne, culminant à 105 milliards de dollars US en 2014, soit 6% du PIB continental. Pour moi, il n’y aura jamais de véritable développement sans une réelle égalité des sexes.

Selon le premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « Tous les êtres humains naissent égaux. » Vu sur cet angle, le problème ne se poserait même pas. Mais dans la réalité, avec les pesanteurs socioéconomiques, l’égalité n’est pas encore une évidence. J’ai beaucoup travaillé sur cette question en Afrique de l’Ouest, et je pense que l’éducation est primordiale pour espérer atteindre une réelle égalité des sexes. Et si la femme est éduquée, elle est plus à même de défendre ses droits.

Malgré l’adoption par l’Union africaine en 2003 du protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique dont le but est de combattre les inégalités entre les hommes et les femmes, les femmes en Afrique ont du mal à devenir autonomes sur le plan socioéconomique.

Nous savons que l’indice d’inégalité de genre est l’un des indices du développement humain. Le rapport sur le développement humain du PNUD, classe la majorité des pays africains parmi les mauvais élèves en matière d’égalité hommes femmes. L’Afrique est aussi le continent où les femmes ont du mal à faire valoir leur droit. Un continent où les femmes représentent pourtant, près de la moitié de la population.  Voilà donc tout un potentiel économique qui est mis à l’écart. En effet, il est démontré que les femmes assument 2,6 fois plus de tâches familiales et de travaux domestiques non rémunérés que les hommes. On estime que les services de soins et les travaux domestiques non rémunérés représentent respectivement 10 % et 39 % du PIB et qu’ils peuvent, dans certains pays, contribuer davantage à l’économie que les secteurs de l’industrie, du commerce et des transports.

Quelle solution préconisée ?

Je suis d’accord avec, le président du Rwanda, Paul Kagamé, lorsqu’il déclare que « Les femmes ont davantage à offrir lorsqu’elles jouissent pleinement de leurs droits. Néanmoins, lorsque les hommes et les femmes travaillent ensemble en utilisant leurs talents au maximum, l’effet ne correspond pas à une simple addition, il est multiplié. Toute la société en bénéficie. La valeur qui en résulte est effectivement largement supérieure à la somme des parties ».

Et comme l’estime l’Unesco, le meilleur moyen pour protéger le droit des femmes et donner au continent africain plus de chance d’atteindre ses objectifs de croissance est l’amélioration de l’accès des jeunes filles à l’éducation. Les pays africains, en donnant aux femmes l’accès aux connaissances, ils brisent le système de pensée restrictif hérité des us et coutumes, tout en faisant d’elles des actrices du changement et non plus des victimes qu’il faut protéger.

La République du Congo, mon pays, a eu l’ingénieuse idée de consacrer la parité entre l’homme et la femme dans la constitution. Elle est mentionnée à l’article 17 du texte fondamental ainsi qu’il suit : « La femme a les mêmes droits que l’homme. La loi garantit la parité et assure la promotion ainsi que la représentativité de la femme à toutes les fonctions politiques, électives et administratives ». C’est une bonne chose, mais nous sommes toujours dans l’attente de la loi sur la parité depuis près de trois ans.

Quelle est votre appréciation de la pratique du métier de la communication au Congo ?

Au Congo, seules les multinationales communiquent vraiment, parce qu’elles ont les moyens de leurs politiques. Sinon, la communication est de façon générale, le parent pauvre des organisations. Elle est considérée comme budgétivore et prive ainsi les communicants des possibilités de proposer des stratégies et supports de communication adéquates, innovants et susceptibles d’accompagner le changement tant recherché. Il en résulte que communiquer, chez nous, s’arrête, dans la plupart des cas, aux couvertures médiatiques et aux pages magazines à la télévision.

La communication n’est pas considérée à sa juste valeur, comme un élément important de la stratégie globale de l’organisation, ou une des fonctions du management à part entière. Or la communication est un outil de management, de lobbying et de formation. Il est donc judicieux de l’intégrer et de la mettre en œuvre de manière systématique, programmée et suivie dans tous les programmes, plans, politiques et projets de développement.

Qu’en est-il de vos activités associatives ?

Je suis membre de l’association Dynamique plurielle qui a pour objectif l’épanouissement de la femme à travers la formation, le lobbying et le plaidoyer. Je suis aussi membre de l’Observatoire congolais des droits des consommateurs. Je dirige aussi l’association MBEMBO qui promeut la communication pour le développement et la gestion des connaissances.

La connaissance est une ressource très importante pour une organisation. Et nous savons que les organisations brassent tous les jours des connaissances diverses, des savoir-faire, etc. Il est donc primordial pour une entreprise de ne pas perdre son expérience, mais aussi de savoir la transmettre. Notre association aide à préserver et à partager les connaissances au sein des organisations. Nous créons une mémoire organisationnelle pour que, d’une génération d’employés à l’autre, les connaissances restent. Car à quoi sert – il de réinventer la roue, lorsqu’elle existe déjà ?

Nous partons du principe selon lequel une connaissance n’a de la valeur que si elle est partagée. Collecter, valoriser, partager et renouveler les savoirs et savoir-faire est essentiel pour le développement de chaque organisation. Notre association organise également des formations sur l’élaboration des stratégies et plans de communication et bien d’autres thématiques liées à la communication au Knowledge Management.

Le mot de la fin ?

J’ai une pensée pour toutes ces femmes qui meurent chaque jour en donnant la vie et pour toutes celles qui sont stressées et qui perdent leurs emplois en raison de la maternité.

Propos recueillis par Jean René Kule Kongba

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