Le Nord-Ubangi serait-il abandonné par le Gouvernement national depuis plus de deux décennies ?

Le Professeur Jean-Paul Ngbolua Koto-te-Nyiwa tente de répondre à cette question. Au lieu de s’en prendre à l’exécutif national, le recteur de l’Université de Gbado-Lite indexe plutôt le manque d’un leadership « agressif » des fils et filles du Nord-Ubangi qui, bien qu’ayant occupé des postes de responsabilité sous le régime de Joseph Kabila, n’ont pu « arracher quelque chose au niveau national pour l’amener » dans leur province.

« En première approximation, je m’inscris en faux contre cette allégation. En effet, le Nord-Ubangi, qui hier était « Formidable » et aujourd’hui « Forminable », tout comme le reste du Grand Equateur, a vu quelques-uns de ses fils et filles élevés en dignité par le régime passé. Cependant, il nous a manqué un leadership « agressif » pour arracher quelque chose au niveau national pour l’amener chez nous. A titre illustratif, comment peut-on imaginer qu’une ville mythique comme Gbado-Lite ne puisse-t-elle pas disposer d’un moyen de transport en commun et que les gens se déplacent à l’aide de vélos communément appelé « TOLEKA » sans que cela ne puisse interpeller la conscience des filles et fils de la province élevés en dignité ? Et même si l’Etat Congolais est incapable de nous envoyer des bus pour le transport en commun, en termes d’initiatives privées, nous pouvons nous organiser en coopérative pour aider le milieu à l’instar de la ville d’Antananarivo à Madagascar.

Tout près de chez nous, les « Nandé » dans le Nord-Kivu tentent de s’organiser de cette façon pour survivre et ne se plaignent pas trop du tout. L’autre exemple éloquent est la situation de l’Université de Gbado-Lite, miroir de la province du Nord-Ubangi. En dépit des efforts de l’actuel Comité de Gestion pour réclamer les frais de fonctionnement destinés aux universités publiques, personne du Nord-Ubangi ne s’y intéresse en termes de « suivi politique » et on ne sait pourquoi. Au contraire, certains fils du coin préfèrent que cette université disparaisse (Cf. Politique de ôtes toi de là, que je m’y mette).  La vérité est qu’il n’a jamais existé un esprit managérial ni un esprit de collaboration sincère entre les fils et filles du Nord-Ubangi de façon à favoriser le développement de la province. Dans ces conditions, il est inutile je pense, d’aider les gens qui n’ont pour vocation que de s’entredéchirer au lieu de réfléchir sur le sort de la province et de ses habitants. Comment les autres compatriotes vont-ils nous trouver sérieux ?

A ma connaissance, il n’y a jamais eu un plaidoyer ou un mémorandum du Nord-Ubangi sur la table du Chef de l’Etat ou du Premier Ministre, pour s’en prendre au Gouvernement central. En admettant que le Nord-Ubangi a géré ce pays pendant 32 ans, on ne doit pas trop se lamenter quand nous n’avons pas investi chez nous. Au contraire, il faut dire que le Maréchal Mobutu n’est plus là, investissons dans le capital humain (formation des ingénieurs, des cadres de proximité, des docteurs à thèse, etc.) afin de devenir une puissance sur laquelle la République démocratique du Congo de demain pourra compter. Dans l’esprit des autres compatriotes (j’imagine), le pays a été géré par le Nord-Ubangi qui a bénéficié de beaucoup d’avantages que les autres provinces du pays, l’Etat Congolais  peut d’abord songer aux autres. C’est une vérité qui ne se dira peut-être jamais tout haut mais que l’on doit deviner. C’est juste un appelle à une prise de conscience collective  au cas où notre province est effectivement abandonnée à son triste sort. Nous devons nous préparer à cette éventualité au lieu chaque fois de se plaindre comme des gamins.

En clair, chaque leader politique, scientifique ou d’opinion a l’obligation d’apporter sa pierre pour l’édification du Nord-Ubangi nouveau dans un esprit de vouloir vivre ensemble en dépit de nos divergences d’opinion car nous n’avons que cette province comme seul patrimoine commun à protéger à n’importe quel prix. Nous n’avons pas de problème avec tel ou tel régime, le vrai problème, c’est nous-même. Personne d’autre ne viendra travailler à notre place pour l’émergence du Nord-Ubangi. D’où la nécessité d’une prise de conscience par rapport à notre situation en République démocratique du Congo.

Il est vrai que le code 032 existe.  Mais lorsque l’on marginalise quelqu’un d’intelligent sur base de son appartenance ethnique, tribale ou régionale, c’est très rétrograde. Les nations les plus puissantes de ce monde les sont grâce au mixage/brassage culturel. L’hybridation est mieux connue des Agronomes et Biologistes comme moteur de l’évolution des êtres vivants dans un environnement compliqué. La République démocratique du Congo (RDC) doit s’inspirer de ce modèle si elle veut jouer pleinement son rôle de première puissance sous régionale et le citoyen du Nord-Ubangi doit prendre conscience afin de développer des stratégies pour améliorer son milieu de vie.

En conclusion, dans les bases des données du Gouvernement central de la RDC, il n’y a rien par rapport au Nord-Ubangi. Il est donc urgent que l’Exécutif provincial puisse mettre en place une Commission provinciale permanente constituée d’intellectuels de haut niveau scientifique pour l’aider à préparer les notes d’idées pouvant aboutir aux documents de projets bancables qu’il va présenter comme cahier de charge auprès du Gouvernement central. Et si rien n’est fait, nous pourrons alors confirmer (preuve à l’appui) que le Nord-Ubangi est réellement abandonné par le Gouvernement central/national. Dans ces conditions, toute action visant notre survie pourrait se justifier.  Le débat est ainsi lancé !

Professeur Jean-Paul Ngbolua Koto-te-Nyiwa

Recteur de l’Université de Gbado-Lite

Propos recueillis par Jean René Kule Kongba

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