Jean Paul Ngbolua plaide auprès de Félix Tshisekedi pour l’allocation des frais de fonctionnement à l’Université de Gbado-Lite

Cet établissement public n’a reçu aucun centime de l’Etat congolais depuis plus de dix ans. Le comité de gestion de l’UNIGBA, sous la direction de son recteur, le professeur Jean Paul Ngbolua, se débat, comme il l’a souligné dans cette interview, pour permettre aux étudiants d’étudier dans des conditions acceptables. Le plaidoyer de Jean Paul Ngbolua auprès du président de la République, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, vise à mettre fin à cette violation des droits des étudiants du Nord Ubangi à une formation de qualité.

Voulez-vous décrire les conditions dans quelles l’Université de Gbado-Lite fonctionne durant ces dix dernières années ?

L’Université de Gbado-Lite, créée par le feu Maréchal Mobutu Sese Seko sous le nom de « Aequatoria », a cessé de fonctionner en 1997 à la chute du régime de ce dernier. Elle a repris son fonctionnement en 2006, soit dix ans après et a été placée sous tutelle de l’Université de Kinshasa. C’est en 2011 qu’elle va acquérir son autonomie jusqu’à ce jour.

L’Université de Gbado-Lite ne reçoit pas de frais de fonctionnement alloués aux institutions publiques d’enseignement supérieur et universitaire. Une université publique qui ne reçoit aucune subvention de l’Etat aura certainement du mal à fonctionner dans la prise en charge correcte de ses enseignants surtout visiteurs ; et disposera d’un nombre peu important d’étudiants. Cette situation, qui date de plusieurs années, ne favorise pas le bon fonctionnement de l’UNIGBA dont les infrastructures ont été détruites lors de la chute du régime de Mobutu et occupées par les rebelles ougandais. Bancs, portes, fenêtres, chaises, étagères, vitres, etc. ont été emportés.

Malgré les efforts de redressement consentis par le Comité de gestion en place, les étudiants sont confrontés aux difficultés liées à la recherche scientifique. Il s’y ajoute l’état de pauvreté dans lequel se trouvent les parents pour payer les frais académiques de leurs enfants. Les parents dont l’activité principale demeure l’agriculture de subsistance. Bref, l’Université de Gbado-Lite fonctionne dans une condition de précarité si bien que l’Etat congolais doit y jeter un regard favorable en vue de la sauver. Car le Congo de demain dépend, à coup sûr, de la jeunesse d’aujourd’hui. Une jeunesse dont la qualité de la formation demeure la condition sine qua non pour garantir un développement durable.

Que faites-vous pour tenir face à cet abandon criard de l’UNIGBA par le gouvernement central depuis plus de dix ans ?

Des personnes de bonne volonté, à l’instar du vice-président de la CENI, M. Norbert Basengezi, et de l’ancien gouverneur du Grand Equateur, M. Jean-Claude Baende et d’autres, nous ont aidé notamment dans la réhabilitation des résidences estudiantines et la dotation en matelas. C’est ici l’occasion de les remercier sincèrement.

Pour le reste, l’Université de Gbado-Lite, par le génie de son Comité de gestion, s’efforce de répondre aux exigences et aux multiples besoins auxquels elle est confrontée, en usant de tous les moyens pour solliciter auprès des autorités de tutelle la mise à la disposition de l’établissement d’une subvention pouvant lui permettre d’honorer ses engagements à l’égard de la jeunesse. Car, l’éducation fonctionne avec les moyens matériels et financiers.

Qu’attendez-vous de nouvelles autorités de la RDC, le Président de la République en particulier ?

Les conditions d’études dans cette université sont difficiles, si précaires que la pauvreté qui caractérise la population de la province en général, celle de la ville de Gbado-Lite en particulier, ne favorise une bonne condition d’études. Dans le contexte de la décentralisation, le Nord Ubangi est en retard de développement par rapport aux autres provinces. Ce qui suppose le manque de moyens par les autorités provinciales pour aider l’Université de Gbado-Lite dans sa mission de former, d’assurer la recherche scientifique et de rendre service à la communauté.

Ainsi, notre plaidoyer auprès de nouvelles autorités du pays, le Président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi en particulier, pour l’amélioration des conditions d’études à l’UNIGBA consiste pour lui de décider de l’octroi des frais de fonctionnement à l’université de Gbado-Lite qui n’en reçoit pas il y a plusieurs années ; de s’impliquer personnellement afin que soit payé le salaire de base aux agents de l’Université de Gbado-Lite : le personnel administratif, technique et ouvrier y compris les corps académique et scientifique ; et de mettre à la disposition du personnel un bus pour le transport en commun. D’autant plus que l’institution est éloignée de plus ou moins 5 Kms du centre-ville de Gbado-Lite. Tel est notre plaidoyer auprès de nouvelles autorités du pays pour l’amélioration des conditions d’études à l’université de Gbado-Lite.

Vous recevez des professeurs visiteurs venant de Kinshasa et de l’étranger. Qui prend en charge leurs frais de mission et honoraires ?

L’Université de Gbado-Lite, alors extension de l’UNIKIN de 2006 à 2011 disposait des professeurs qui avaient une charge horaire exclusive. Depuis son autonomisation en 2011, ces professeurs ne remplissent plus convenablement leurs tâches, en violation des textes règlementaires à savoir : les instructions académiques 018 ; 019 ; 020. Ces derniers se sont livrés à des activités extra muros, abandonnant ainsi les enseignements pour lesquels ils sont payés régulièrement par le Trésor public.

Heureusement qu’il existe quelques rares professeurs qui accomplissent leurs devoirs et ceux qui se présentent comme visiteurs. Cependant, il se pose l’épineux problème de leur prise en charge en termes de séjour, déplacement, restauration et paiement des honoraires, etc. Le tout à la charge d’une Université qui ne reçoit aucune subvention de l’Etat. L’occasion ici de saluer le geste combien louable de l’honorable député provincial, Bienvenu Seti Sapo qui, pour cette année académique 2018-2019, a bien voulu prendre en charge un enseignant de la Faculté des Sciences, département de Géologie, en payant un billet d’avion aller-retour ainsi que son séjour. C’est une initiative que nous avons loué à juste titre et qui peut servir d’exemple et de modèle.

La mission de l’actuel Comité de gestion consiste notamment à placer l’Université de Gbado-Lite au même niveau que les autres universités nationales et internationales. Les efforts sont perceptibles malgré le déficit de moyens financiers. L’on ne saurait guère compter sur un effectif de plus ou moins 450 étudiants pour payer les honoraires des professeurs visiteurs. En conclusion, un appui extérieur est indispensable pour que l’Université de Gbado-Lite atteigne ses objectifs et relève les défis énormes afin de jouer pleinement son rôle de centre de référence pour une formation de qualité dans le Nord Ubangi.

Quels sont les défis que l’UNIGBA doit relever pour jouer pleinement son rôle de centre de référence pour la formation dans le Nord-Ubangi ?

L’Université de Gbado-Lite est la seule institution publique d’enseignement universitaire dans la province du Nord Ubangi. C’est elle qui assure la présidence de la Conférence des Chefs d’établissement de l’enseignement supérieur et universitaire au sein de la province. Les efforts et la détermination qui caractérisent l’actuel Comité de gestion ont motivé les parents à inscrire leurs enfants à cet établissement qui se présente désormais comme un centre de référence pour une formation de qualité dans la province du Nord Ubangi.

Avec ses sept facultés à savoir : Droit, Médecine, Psychologie et Sciences de l’Education, Agronomie, Economie, Sciences (Géologie et Environnement) et Lettres, l’Université de Gbado-Lite a des défis énormes à relever. Il s’agit, entre autres, de servir d’un cadre idéal pour une formation qualitative de la jeunesse congolaise ; apporter une expertise à l’Exécutif provincial dans la prise des décisions ainsi que dans la recherche des solutions aux problèmes sociaux de la population. De ce fait, l’UNIGBA constitue un levier de commande non négligeable. Car, sous d’autres cieux, le développement est rendu possible grâce aux résultats des recherches scientifiques.

Avec les potentialités qu’elle regorge, la province du Nord Ubangi doit s’appuyer sur l’Université de Gbado-Lite afin de relever le défi du développement socio-économique d’une population dont la grande majorité a choisi l’agriculture comme mode de production.

Propos recueillis par Jean René Kule Kongba

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